Gemini, ChatGPT et les autres assistants conversationnels sont aujourd’hui des compagnons quasi indispensables dans notre quotidien numérique. On s’y réfère pour organiser son travail, trouver des informations ou garder une trace de nos idées. Mais leur succès soulève une question importante : comment passer d’un outil à un autre sans perdre des mois, voire des années, de conversations précieuses ?
Dans un contexte professionnel, cet historique représente une véritable richesse, un capital de connaissances difficile à reconstituer.
Pouvoir le conserver en changeant d’IA devient donc essentiel, non seulement pour ne pas repartir de zéro, mais aussi pour garder la liberté de choisir la plateforme la plus adaptée à ses besoins.
Une transformation discrète mais profonde des usages numériques
Depuis quelques temps, l’IA conversationnelle bouleverse la manière dont nous accédons à l’information, travaillons et automatisons certaines tâches. Selon une étude de l’Observatoire des IA publiée en mai 2024, plus de 60 % des cadres français utilisent déjà un assistant pour améliorer leur productivité.
Mais cet enthousiasme est tempéré par un manque d’interopérabilité. « Si je quitte ChatGPT pour essayer Gemini, je perds des mois de notes contextuelles. » affirme beaucoup de professionnels.
Cette difficulté met en lumière un frein majeur : la portabilité de l’historique. Alors qu’elle est devenue courante dans la musique ou la messagerie, elle reste encore rare dans l’univers des IA. Comment, dès lors, concilier confiance, continuité de service et ouverture technologique ?
Gemini à la manœuvre : les premiers pas vers la portabilité
En mai 2024, le site TestingCatalog repère une nouveauté dans la version bêta de Gemini : un outil baptisé « Import AI chats ».
Êtes-vous prêt à utiliser Gemini ? – Source : Google
Le principe est simple : exporter ses conversations depuis un ancien assistant, comme ChatGPT, puis les importer dans Gemini. Cette approche pourrait permettre de transférer des années d’échanges et d’envisager une véritable mobilité conversationnelle.
« Notre mission est de laisser le choix aux utilisateurs sans sacrifier leur patrimoine numérique », affirme Amar Subramanya, VP Engineer chez Google.
D’après TestingCatalog, le processus reste manuel, ce qui offre davantage de contrôle sur les données et limite les risques de fuite d’informations sensibles. Seules les conversations sont concernées, sans les paramètres de profil avancés.
Malgré ces limites, l’initiative marque un tournant : Gemini pourrait bien être l’un des premiers assistants à briser le verrouillage des écosystèmes.
Google s’engage à combattre les deepfakes avec Likeness – Source : Google
Un marché de l’IA en pleine recomposition
Cette avancée pousse naturellement les concurrents à réagir. Microsoft travaille déjà à rendre ses outils plus compatibles entre Copilot, ChatGPT et d’autres systèmes. De son côté, Anthropic, avec Claude, laisse entendre que des fonctionnalités similaires pourraient voir le jour dès 2025.
En France aussi, les initiatives se multiplient. Ces évolutions traduisent une exigence désormais mondiale : la portabilité des données et leur maîtrise doivent remplacer la fidélisation contrainte.
Vers une mobilité complète de l’IA conversationnelle
Dans les années à venir, pouvoir importer ses historiques de conversations d’une IA à une autre pourrait devenir la norme. Une telle évolution changerait profondément la façon dont nous interagissons avec ces plateformes.
Comme le rappelait la fondation Future of Privacy Forum en 2024 :
« La vraie innovation sera de permettre à chaque utilisateur de rester le seul maître de ses données conversationnelles, peu importe l’assistant qu’il utilise. »
Pour les entreprises, l’enjeu est considérable : conserver la mémoire collective accumulée tout en profitant de la concurrence entre acteurs du marché.
Mais cette ouverture soulève aussi des questions sensibles, notamment en matière de sécurité, d’éthique et d’utilisation des données pour l’entraînement des modèles. L’agence ipanemads insiste ainsi sur la nécessité de transparence concernant le traitement des conversations importées dans Gemini et sur les conséquences possibles à long terme pour la confidentialité.
Conclusion : un tournant stratégique pour le secteur
L’émergence d’outils capables de faciliter le passage d’un assistant conversationnel à un autre marque une étape décisive dans l’ouverture du marché de l’IA. Particuliers et entreprises pourraient bientôt choisir leur allié numérique sans renoncer à des mois d’expertise accumulée.
« L’avenir du secteur repose sur la fluidité de l’expérience et le respect de la propriété des données », souligne Pascale Dufour, chercheuse au CNRS en sociologie du numérique.
La mobilité devient donc envisageable, à condition d’accompagner ces mutations par une gouvernance solide de l’information, afin de concilier compétitivité, innovation et souveraineté numérique.