La vérification d’âge sur ChatGPT n’est plus une idée théorique. Avec l’essor massif de l’intelligence artificielle générative, la pression réglementaire monte d’un cran, notamment autour de la protection des mineurs. La question devient concrète : faudra-t-il bientôt présenter une pièce d’identité pour utiliser ChatGPT ?
Entre contraintes techniques, exigences légales et enjeux concurrentiels, la réponse se construit progressivement , surtout en Europe, où le cadre évolue rapidement.
L’intelligence artificielle redéfinit l’accès aux services numériques
Depuis 2022, notre rapport aux services en ligne et aux données personnelles est boulversé par la montée en puissance de l’IA générative portée notamment par ChatGPT, développé par OpenAI. Début 2024, plus de 180 millions d’utilisateurs mensuels utilisaient ChatGPT dans le monde, selon DataReportal.
Face à cette adoption massive, les régulateurs accélèrent. En France, la CNIL insiste régulièrement sur la nécessité de mieux protéger les mineurs en ligne.
Cette dynamique ne sort pas de nulle part. La loi française sur la majorité numérique (2023) impose aux plateformes susceptibles d’exposer les mineurs à des contenus sensibles de prouver l’âge des utilisateurs.
Côté européen, les grandes plateformes doivent aussi se conformer au Digital Services Act, entré en vigueur début 2024, qui renforce leurs obligations en matière de sécurité et d’accès par tranche d’âge.
Mais concrètement, où en est-on aujourd’hui ?
Certains pays ont déjà franchi un cap. Au Royaume-Uni, le régulateur Ofcom pousse depuis 2023 les réseaux sociaux à renforcer leurs contrôles d’âge. Résultat : des plateformes comme TikTok ou Snapchat testent des systèmes combinant reconnaissance faciale et vérification de pièces d’identité numériques.
En France, la future identité numérique de l’État, attendue autour de 2025, pourrait simplifier ce type de contrôle sur les plateformes, y compris celles liées à l’IA.
Aux États-Unis, la réglementation existe depuis longtemps avec le COPPA, mais elle restait peu contraignante. Depuis 2023, plusieurs États renforcent leurs exigences, notamment via l’analyse automatisée de documents officiels.
Aujourd’hui, ChatGPT repose encore sur un système déclaratif : les utilisateurs doivent simplement indiquer avoir plus de 13 ans lors de l’inscription. Mais ce modèle pourrait vite devenir insuffisant. Selon une étude KPMG (2023), près de 40 % des plateformes grand public ont déjà adopté des outils de vérification d’identité pour anticiper les normes européennes
L’Europe se prépare, les entreprises s’adaptent
L’écosystème européen de l’IA prend de l’avance sur ces sujets. De nombreuses entreprises travaillent déjà sur des solutions d’identification numérique sécurisées, conciliant conformité et expérience utilisateur.
La France se distingue particulièrement par son exigence en matière de protection des données. Les acteurs locaux cherchent donc à concevoir des solutions capables de vérifier l’âge sans alourdir les parcours utilisateurs, un vrai défi produit.
Concrètement, les entreprises (médias, SaaS, marketplaces…) veulent éviter deux pièges :
- compliquer l’accès à leurs services
- ou freiner leur croissance
Selon McKinsey & Company (rapport Digital 2024), les solutions qui réussiront seront celles qui combinent sécurité, fluidité et capacité de déploiement à grande échelle.
Demain, une vérification d’âge devenue la norme ?
Tout indique que la vérification d’âge sur ChatGPT et plus largement sur les services d’IA, va progressivement se normaliser. Demain, présenter une pièce d’identité numérique ou passer par une analyse automatisée pourrait devenir banal pour accéder à certains outils d’intelligence artificielle.
Pour les plateformes, l’enjeu est double :
- sécuriser leur responsabilité juridique
- maintenir la confiance des utilisateurs
Mais attention : trop de friction pourrait pousser une partie du public vers des alternatives plus permissives.
Comme le souligne le Conseil national du numérique dans une note récente : l’avenir de l’IA dépendra d’un équilibre subtil entre innovation, responsabilité et respect des droits fondamentaux.
Un tournant pour l’intelligence artificielle
La question de la vérification d’âge dépasse largement ChatGPT. Elle annonce une transformation plus profonde : celle d’un Internet où l’accès aux technologies avancées sera davantage encadré.
Pour les entreprises, cela signifie anticiper dès maintenant. Pour les utilisateurs, cela implique de nouveaux réflexes. Et pour l’écosystème numérique, un défi majeur : faire coexister confiance, innovation et accessibilité.
Une chose est sûre : la manière dont l’intelligence artificielle gérera l’âge des utilisateurs dans les prochaines années façonnera durablement l’expérience numérique de demain.